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Intervention de Mgr François Maupu

GRANDIR DANS LA FOI

Le Dr Scelzo a parlé dans son intervention de la spiritualité des personnes âgées, développé un besoin de spiritualité propre aux personnes âgées.  Je ne réponds pas du tout à ces questions, mais je me branche là-dessus dans le sens qu’il a indiqué pour dire avec un titre un peu provocateur « Grandir dans la foi ». Comment peut-on proposer, me dira-t-on avec étonnement, à des personnes âgées de grandir dans la foi. Je le propose non seulement à des personnes âgées mais à des personnes qui ont l’intention d’être acteurs ou actrices de l’évangélisation.

Vous vous rappelez peut-être un passage de l’Evangile de St Jean où Jésus rencontre Nathanaël qui s’estime déjà âgé quand Jésus lui dit : Il faut renaître.

Nathanaël lui dit : ce n’est pas possible, je suis âgé, je ne peux pas renaître, entrer de nouveau dans le sein de ma mère. Jésus explique que Cette renaissance est un fruit de l’Esprit Saint.

Ce que Nathanaël découvre dans son dialogue avec Jésus c’est ce que la plupart d’entre nous ont découvert dans leur propre vie au niveau humain. Dans toute la vie on découvre des choses nouvelles, y compris quand on atteint un certain âge, il y a des aspects nouveaux de la vie que l’on ne connaissait pas, Il y a des expériences agréables car on a davantage de temps, il y a des expériences désagréables ou ce que fait valoir la société autour de nous, associé à des expériences désagréables qui ne sont d’ailleurs pas forcément désagréables.

D’où le premier point que je développe : Grandir c’est vieillir et vieillir c’est grandir, une formule empruntée à une gérontologue française à partir de son expérience :

Grandir c’est vieillir comme les enfants qui ont envie de grandir, c’est passer de six ans à sept ans, de sept ans à huit ans...

Mais il y a un âge de la vie où cela ne pose aucun problème, c’est ce que l’on désire faire. Cela est peut-être moins habituel de dire Vieillir c’est grandir. C’est le même processus que lorsque on avait quelques semaines et même avant et qui se poursuit.

J’ai trouvé également une citation chez un écrivain français, Marcel Jouhandeau, qui dit : Vieillir, si l’on sait, ce n’est pas du tout ce que l’on croit, ce n’est pas du tout diminuer mais grandir.

Dans le cas de notre rencontre, quand on parle de grandir, il s’agit de grandir dans la foi pour devenir acteurs de l’évangélisation et plus précisément dans le cadre de Vie Montante, ou de ses diverses dénominations, qui est un mouvement d’évangélisation, et même on le souligne parfois, d’évangélisation intégrale.

Concernant notre vie personnelle de foi, notre croissance à nous, je m’inspirerai souvent de propos du Pape François en particulier dans une intervention qu’il a eue auprès des prêtres de son diocèse de Rome il y a dix-huit mois de cela et repris par l’Osservatore Romano Le pape disait :

La croissance de la foi se produit à travers des rencontres avec le Seigneur tout au long de la vie. Ces rencontres qui nous marquent, dont nous gardons le souvenir comme un trésor de la mémoire dans notre vie et qui constituent notre foi.

Elles sont comme une histoire vivante dans notre vie personnelle.

Nous pouvons comprendre cela en regardant la foi des Israélites

Qu’est-ce que croyaient les Israélites ?  Que nous dit la Bible ? Elle ne fait pas un traité de la foi mais elle dit : Dieu est avec nous dans notre histoire.

Il y a des rencontres réussies, mais aussi des rencontres ratées, manquées. Il est arrivé que nous prenions, nous le peuple d’Israël de fausses routes, que nous ayons choisi des chemins qui mènent nulle part. La Bible fait mémoire de ces rencontres, de ces échecs de la rencontre, des infidélités et des cadeaux que Dieu a pu faire à son peuple.

Grandir dans la foi ce n’est pas une décision volontariste, la foi est rencontre avec quelqu’un d’autre, ce n’est pas une décision à moi tout seul. Grandir dans la foi ce n’est pas décider de croire davantage, ce n’est pas non plus apprendre des choses nouvelles. Nous sommes bien sûr attentifs à la formation, à l’ensemble des opérations de formation mais la formation doctrinale, c’est quelque chose qui accompagne la croissance dans la foi. Ce n’est pas accumuler des connaissances qui permet de grandir dans la foi.

Le pape François nous propose trois mots que je vais développer :

La mémoire

Israël fait mémoire de son histoire.

J’ai trouvé une belle phrase de Ste Catherine de Sienne qui vivait en Europe au 14e siècle et qui dans un dialogue sur la Providence, donne la parole à Dieu qui dit : j’ai donné la mémoire à ma créature pour qu’elle garde le souvenir de mes bienfaits.

La foi d’Israël fait le souvenir des bienfaits, de l’action de Dieu dans l’histoire.

Notre mémoire à nous peut-elle répondre à cette question : Combien de belles choses Dieu a réalisé pour moi ?

Les apôtres par exemple n’ont jamais oublié le moment où Jésus a touché leur cœur : Jésus, tu m’as brûlé le cœur. Dans l’évangile de St Jean, on se rappelle même à quelle heure : c’était environ la 10e heure.

Le Seigneur est venu à notre rencontre soit pour nous éclairer, il est venu nous chercher, nous rencontrer comme avec Zachée dans l’évangile de St Luc, parfois pour nous relever, nous remettre debout, parfois nous ramasser quand nous étions en très mauvais état, un peu comme pour le prophète Ezéchiel qui va ramasser celle dont il fera son épouse plus tard, Le Christ vient nous chercher, nous remettre debout. N’oublions pas ces moments où Jésus nous touche, où il nous a touché le cœur.

La mémoire peut se comparer aux cicatrices qui peuvent marquer nos corps, qui rappellent des blessures à la suite d’une opération, d’une bataille pour les plus combatifs d’entre nous à un moment où cela est moins douloureux et qui signifie la guérison.

Il y a aussi les cicatrices de notre âme, cette intervention que toi Seigneur tu as faite en opérant avec ta miséricorde. La mémoire à travers les cicatrices, la mémoire à travers ces moments où Jésus a touché notre cœur.

Dans la Lettre aux Hébreux il y a aussi une invitation à garder mémoire des personnes qui nous ont aidés à grandir dans la foi, qui nous ont dirigés, qui nous ont annoncé la Parole de Dieu, garder souvenir de ceux qui nous ont aidés tout au long des étapes de notre vie, cela fait partie de la mémoire. Il ne s’agit pas du tout de regarder en arrière, Israël regarde en arrière non pas pour regretter ce qui s’est passé mais pour se construire dessus. Aussi quand je regarde mon histoire, mais quand je vois mes cicatrices, quand Jésus m’a touché le cœur, je ne regarde pas dans le rétroviseur mais, comme le disent certains, même si le rétroviseur est utile il ne faut pas qu’il soit plus grand que le pare-brise. Le pare-brise dans nos voitures sert à voir devant. Ce que j’ai dans la mémoire ne m’empêche pas de se propulser vers l’avant, d’avancer, au contraire on s’appuie sur cette mémoire pour avancer.

Il y a un psaume, qui porte le No 135. C’est un psaume tout simple qui a un refrain « Eternel est son amour ». Ce refrain vient après chaque ligne qui évoque les bienfaits de Dieu (création, de la sortie d’Egypte et y compris celui particulier qui a fait périr les premiers-nés des Egyptiens) il évoque toute l’histoire du peuple hébreu. Cela peut être un exercice très personnel pour chacun, chacune d’entre nous, écrire notre propre psaume 135 et faire mémoire des évènements de notre vie. Ne pas hésiter à mettre le refrain : Eternel est son amour.  Ce que nous mettrons, ce n’est pas forcément des choses glorieuses, il y a au contraire des égarements dans nos vies, des moments d’échecs, des déchets mais même à ce moment-là le Seigneur ne m’a pas abandonné. Voilà le rôle de la mémoire qui s’appuie sur la promesse du Seigneur qui m’a mis en route et qui a continué de m’accompagner.

L’espérance : L’espérance ouvre la foi aux surprises de Dieu (expression du pape François) Elle conduit à trouver dans le trésor de la mémoire des choses nouvelles et à repérer des possibilités nouvelles dans la vie et dans la vie des personnes que je rencontre.

Regarder les autres avec foi c’est aussi les regarder avec espérance et déceler de quoi ils sont capables. C’est le regard d’un chrétien et d’un agent d’évangélisation, que voir toutes les possibilités peut être insoupçonnées qui sont en lui, en elle.

L’espérance ajoute le pape François c’est voir sur le visage du pauvre que je rencontre aujourd’hui le Seigneur qui viendra un jour nous juger. Le Pape fait allusion au chapitre 25 de l’Evangile de St Matthieu : J’étais nu et vous m’avez donné des vêtements, j’avais faim et vous m’avez donné à manger.

Le discernement :

La mémoire nourrit la foi, l’espérance permet une foi active et le discernement nous permet de voir où la foi se met en œuvre. Nous catholiques nous nous référons à St Paul qui nous parle de la foi opérant par la charité

Le discernement c’est ce qui nous met en route et permet de ne pas nous contenter de dire que nous croyons, que nous nous ’installons dans la foi et que cela suffit.

La foi doit être agissante et active sinon, nous dit le pape François : la foi qui reste abstraite risque de se fossiliser quand l’amour reçu est conservé dans un musée, si elle n’opère pas dans la charité.

La foi peut se volatiliser nous dit aussi le Pape, c’est à dire quand elle n’est pas agissante cela devient pratiquement quelque chose de virtuel. Le discernement fait que l’amour concret est possible en ce moment présent en faveur du prochain.

Discerner ça veut aussi dire prendre du recul pour réfléchir, ne pas se précipiter, ne pas se laisser tromper par la force du mal, mais voir la victoire du Christ dans toutes les situations humaines. A ce sujet dans Evangelii Gaudium encyclique programmatique du Pape à laquelle on peut se référer et à laquelle le Pape se réfère lui-même, aux Nos 85 et 86, C’est aussi ce qui nourrit l’espérance, voir la victoire de la Croix du Christ dans toutes les situations humaines.

Citation des Nos 85 et 86

Une des plus grandes tentations qui étouffe la ferveur et l’audace est la résignation à l’échec qui nous transforme en pessimistes mécontents et déçus aux visages assombris. Ce n’est pas du tout le visage des participants de Vie Montante qui n’ont jamais ou presque jamais ce visage assombri, pessimiste et déçu. Celui qui commence sans confiance a perdu d’avance la moitié de la bataille et enfouit ses talents Le discernement c’est ce qui nous fait reconnaître ce qui peut nous faire grandir.

La foi grandit quand dans le moment présent nous discernons comment concrétiser l’amour pour le bien possible en relation avec le bien de l’autre car l’autre a aussi la possibilité de grandir dans la foi.

Croire que le Christ est là dans le pauvre, dans la brebis perdue, en se faisant voire discrètement ou sans se faire remarquer mais faire un petit pas vers lui est un progrès de la foi.

La foi a besoin du discernement pour être mise en œuvre. Il ne faut pas s’en tenir à un acte de foi que l’on récitait dans notre catéchisme ancien.

Pour conclure mon propos je ferai deux citations la première vient du catéchisme de l’Eglise catholique au No 162. Il est question de croître, de grandir dans la foi.  Pour persévérer et grandir dans la foi nous devons la nourrir par la Parole de Dieu, implorer le Seigneur de l’augmenter, elle doit agir par la charité (Saint Paul), être portée par l’espérance et être enracinée dans la foi de l’Eglise.

Un écrivain français, Julien Green, écrit :

La vieillesse n’existe pas ou plutôt il n’y a de vieillesse que là où il n’y a pas d’amour.

Il s’agit de se savoir aimé indépendamment de ce que l’on est capable de réaliser sans refuser de réaliser.

Pour terminer, je vous propose de faire travailler votre mémoire : Quand Jésus a t il brûlé votre cœur ?  Quelles sont les belles choses que le Seigneur a faites pour vous personnellement 

Que chacun, chacune pratique à titre personnel le psaume 135 : Je t’ai oublié, tu es venu me chercher car « Eternel est ton amour ». Je suis tombé et tu m’as relevé car « Eternel à ton amour ». J’ai rencontré des personnes qui m’ont aidé à t’aimer car « Eternel est ton amour » J’ai découvert à quel point tu m’aimais car « Eternel est ton amour »

Prendre un peu de temps pour intérioriser ce que je viens de vous dire.

J’espère que ces paroles vous aideront à progresser dans la foi.

 

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