Que sont devenus nos grands aînés pendant le confinement de la population?

 

Les statistiques le montrent : c’est parmi les personnes âgées, fragilisées par l’âge et la maladie, que se compte le plus grand nombre de décès ; en France, les décès en établissements représentent un tiers du nombre total de décès ; et il faut y ajouter ceux qui meurent du Covid-19 dans la solitude de leur domicile, ceux qu’un titre de presse qualifiait de « victimes invisibles du Covid-19 » puisque de tels patients ne sont pas testés.

Le 14 avril dernier, dans un article paru dans Le Figaro, Valérie Régnier, présidente de Sant’Egidio France, dénonçait violemment «  l’incapacité à sauvegarder les vies faibles » dans les Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées et Dépendantes (EHPAD)  et  le fait que les morts de ces établissements n’aient pas été comptabilisés dans les statistiques journalières (par la suite cela a changé) ; elle dénonçait  les traumatismes que constituaient pour les résidents âgés la suppression des visites des proches, et de ce fait, la privation de la présence des êtres chers ; ces traumatismes, s’ajoutant à la peur d’être contaminé, contribuent au phénomène du « glissement » qui amène les personnes âgées  à ne plus avoir envie de vivre. Un état des lieux qui décrit une réalité qui a existé : en France, certains établissements ont été décimés par le virus, certains directeurs ont eu des comportements peu conformes à la charte éthique qu’ils s’engagent à respecter et bafouant la dignité des personnes qui leur sont confiées.   

Toutefois il faut nuancer un constat aussi dramatique ; on peut citer des situations qui forcent l’admiration : vous en avez un bel exemple dont il a été fait écho dans les médias. Dans une maison de retraite de l’Est de la France, le personnel soignant a choisi, dès le début de la décision prise par les Autorités de confiner le pays, de rester sur place avec les résidents âgés. Pendant cinq semaines ces soignants ont souhaité mettre entre parenthèses leur vie familiale et personnelle pour se consacrer au bien-être de personnes dont ils avaient la charge. Nous avons même pu découvrir les installations de fortune dans leurs bureaux. Au bout de cinq semaines, un grand soulagement, aucun résident n’a été infecté et nous les avons vus sortir pour rejoindre leurs familles, évoquant, avant leur départ et avec une grande émotion, tous les liens qui se sont créés pendant cette période très particulière. Dans d’autres établissements d’accueil, la direction a très vite pris des mesures pour réduire l’impact négatif de l’isolement  sur les résidents et maintenir le lien avec leur famille ; par Skype, et avec une réelle joie, j’ai pu, deux fois par semaine, échanger pendant un quart d’heure avec ma mère ; puis ce fut un moment d’émotion forte lorsque je l’ai « retrouvée » grâce à une visite-parloir ; de beaux moments de bonheur aussi, lorsqu’elle a pu revoir son arrière-petit-fils gesticulant et lui souriant derrière la vitre protectrice. 

Finir sa vie en EHPAD reste, pour moi, un pis-aller ; au moment où, à l’horizon se profile le temps de  « l’après », peut-être y-a-t-il lieu d’amorcer une réflexion pour imaginer, comme le dit Valérie Régnier dans son article,  « une société dans laquelle la bénédiction d’une longue vie ne tourne pas à la malédiction d’une fin misérable ».

 

Monique Bodhuin

Monika Ptak