Aimer la vie, la joie

Autour de nous, nous rencontrons des gens joyeux qui aiment la vie et d’autres, toujours tristes dont on ne sait quelle catastrophe vient de s'abattre sur eux, nous n'appartenons ni aux optimistes, ni aux pessimistes. Nous vivons dans l'Espérance, confiants, vivant chaque jour de la Résurrection du Christ, ce qui implique nécessairement notre courage à aimer la vie sans restriction et à être joyeux à l'image de saint Dominique qui s'en allait chantant sur ses chemins d'évangélisateur.

N'oublions pas non plus que « le fruit de l'Esprit, c'est l'amour, la joie et la paix ». (Gal 5,22) et que dans notre foi trinitaire, nous avons à faire grandir en nous ce don de l'Esprit en le priant souvent.

Comment ne pas aimer la vie quand, tout autour de soi, resplendit la Création du Seigneur dont nous sommes les garants : une fleur qui s'ouvre à l'aube, un nuage qui se distingue des autres et nous rappelle une forme aimée, un chant d'oiseau, un coucher de soleil... Les rencontres de nos chemins sont autant d'occasions de sourire à l'autre, de lui manifester que « je l’aime comme moi-même » : un enfant qui sourit, des retrouvailles familiales ou amicales, notre communauté paroissiale avec qui nous avançons dans notre foi sont autant de circonstances de joie. Commencer sa journée en chantant, quelle belle ouverture à la vie ! Bien sûr, il y aura des jours de tristesse et de deuil mais notre Espérance en Dieu nous fera tenir bon et de nouveau aimer la vie.  Nous savons bien que le Seigneur prend sur lui nos peines et notre tristesse puisqu'il nous a envoyé son fils unique pour mourir une fois pour toutes pour nos péchés et pour vaincre la mort, source d'angoisse des hommes, en ressuscitant.

 « L'Evangile, où resplendit glorieuse la Croix du Christ, invite avec insistance à la joie » écrit le pape François dans son exhortation apostolique La Joie de l'Evangile , poursuivant par cette injonction: « Pourquoi ne pas entrer nous aussi dans ce fleuve de joie ? »

Aimer la vie, la joie, c'est dire non aux protéiformes séductions de Satan, c'est dire oui à Dieu et se mettre à la suite du Christ. Alors, bien sûr, la maladie, la souffrance qui n'atteignent du reste pas que les personnes âgées peuvent nous mener à la désespérance, à l'acédie, à la paresse de lutter encore, pour soi, pour les siens. « La chair est faible » (Mt 26,41) mais notre foi, combien grande si nous restons à l'école du Christ par la prière incessante et par nos actes, nous portera. Rappelons-nous toujours les paroles de Jésus : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos » (Mat 11, 28) et aussi « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. » (Mt11, 29-30)

Alors, soyons comme nous l'exhorte saint Paul : « Réjouissez-vous en tous temps ! » (Phil 4,4), saint Paul qui fait beaucoup référence à la joie dans ses écrits, comme dans la Bible où le thème de la joie revient plus de 400 fois: « Il te fera pousser des cris de joie » (Job 8, 21) « Dansons de joie » (Ps 118, 24), « Il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. » (Lc 15, 10) et Marie se réjouit de l'annonce de l'Ange.

N’existe-t-il pas dans notre entourage des personnes qui témoignent de cette joie liée à notre foi, telle Raymonde, une bourbonnaise de 86 ans, qui aime la vie, vit la joie ! Je la connais depuis 2011 quand j'ai intégré l'équipe MCR de notre paroisse. La joie qu'elle procure toujours est celle de son immense foi. Atteinte d'une double DMLA, montant tout sourire la côte du village avec une canne, soignée pour un cancer, elle ne manque jamais une rencontre, sauf quand elle est hospitalisée bien sûr, pas plus qu'elle ne manque les réunions de groupes de Carême que j'organise. Elle partage les chants d'un souffle magnifique, le même avec lequel elle m'a relaté son dernier séjour à Lourdes. Elle était revenue éblouie du pays de Bernadette et ne cessait de rendre grâce, pleinement consciente de la joie profonde que ce pèlerinage lui avait procurée.

Il y a aussi ma tante, atteinte de la maladie d'Alzheimer, 86 ans elle aussi, et qui n'a que moi comme visiteuse dans sa maison de retraite. Clouée dans un fauteuil roulant, je sais qu'elle peut connaître la joie ! Qu’importe qu’elle me prenne pour sa sœur, sa fille alors qu'elle n'a jamais eu d'enfant... Quand je lui fais écouter des chansons de son enfance, de sa vie, elle chante encore ! tape parfois des mains et sourit. Mon Dieu, je rends grâce car je sais qu'elle est heureuse même si elle ne s'en souviendra plus quand j'aurai passé la porte. Elle fait exactement l'inverse de ce que reprochait Jésus à la génération en face de lui : « Nous avons joué de la flûte et vous n'avez pas dansé ». (Mt 11, 17) 

Rappelons-nous que le premier miracle de Jésus se déroula pendant des Noces, celles de Cana, magnifique moment d'amour de vie et de joie ! Réjouissons-nous donc toujours dans le Seigneur.

Annie Draver

MCR France